laloge

varnish la piscine

le grand bain musical

portrait

28 mars 2021 par Pierre

Artiste aux multiples facettes, Varnish la Piscine est ce que l’on pourrait appeler « un inclassable de la musique » tant son style est unique. De son vrai nom Jephté Mbisi, il est membre du collectif SuperWak Clique et évolue donc aux côtés de talents tous aussi originaux que lui comme Slimka, Di-Meh ou encore Makala, son frère de cœur. Avec pour inspiration Pharell Williams ou encore Tyler The Creator, Varnish a su se créer son propre univers musical, bien à lui et reconnaissable entre mille. Le jeune suisse signé sur le label Colors Record nous a livré, depuis 2016, pas moins de trois projets solos et a contribué à de nombreux autres morceaux. Retour sur la carrière de cet artiste authentique au talent débordant et à la musique singulière encore trop méconnue du grand public.


Le cinéma au cœur de la musique

Dès 2016, année de la sortie de son premier projet ESCAPE (F+R Prelude), Varnish donne un aspect cinématographique à sa musique. Il va d’ailleurs faire référence à ce milieu par la suite, puisqu’en 2017 on le retrouve sur le morceau « Wes Anderson » de Slimka, nom d’un réalisateur assez atypique notamment connu pour des films comme The Grand Budapest Hotel ou encore Moonrise Kingdom. Rien d’étonnant de voir Varnish le citer quand on connaît son univers et son personnage. En effet, Jephté a su lui aussi se créer et évoluer dans son propre univers à la manière du réalisateur. On ressent également certains liens entre leurs deux univers. Avec une esthétique très caractéristique faites de symétries, de couleurs vives et de plans originaux, les films de Wes Anderson sont des bijoux de burlesque dramatique. Dans chacune de ses œuvres, le réalisateur crée des personnages singuliers qu’il met en scène dans des séquences parfois très rythmées et amusantes, et parfois plus calmes et touchantes. On retrouve un échantillon de tous ces éléments dans la musique de Varnish mais aussi dans sa manière d’écrire et de raconter les histoires.

On se rend réellement compte de l’impact que ce réalisateur a sur sa musique avec son second projet, Le Regard Qui Tue, sorti en 2019, qui va étroitement lier 4e et 7e art et qu’il décrit lui-même comme un « film auditif ». Avec pour intrigue, une enquête digne des « grandes » séries B, Varnish, interprétant un détective nommé Sydney Franco, se retrouve plongé à Monaco, dans les années 60 et part à la recherche d’une criminelle au regard qui tue : Gabrielle Solstice, incarnée par la chanteuse Bonnie Banane. Le tout ponctué d’interventions de diverses personnages, comme Rico TK interprétant un journaliste ou encore Makala dans le rôle d’un gangster. Varnish arrive à donner un aspect visuel au projet à l’aide d’interludes, de dialogues, de bruitages et de diverses autres effets sonores qui nous font ressentir l’action comme si on était devant un écran.

Seulement, il faut croire qu’il avait besoin de pousser cet univers encore plus loin, puisqu’en 2020, il va sortir son premier moyen-métrage, Les contes du Cockatoo, un pur produit de créativité et d’extravagance où se mélange sentiments d’émerveillement et d’interrogation. On ressent une fois de plus l’influence de Wes Anderson. En effet, on y retrouve des scènes burlesques voire absurdes, des costumes loufoques, des personnages décalés et des décors recherchés, l’ensemble sublimé par des musiques sensationnelles parfaitement intégrées à la narration. On peut y suivre l’aventure de quatre gangsters à qui il arrive des choses extraordinaires. Varnish ne fait jamais les choses à moitié puisqu’il sort peu de temps après la BO du film : METRONOME POLE DANCE TWIST AMAZONE. À la fois producteur, réalisateur, scénariste mais aussi comédien puisqu’il joue le rôle principal de chacun de ses projets, Varnish est un véritable couteau suisse artistique (sans mauvais jeu de mot) même s’il reste avant tout un rappeur/chanteur et un beatmaker à la musicalité unique.

Le sens de la musicalité et de la mélodie

Mais comment parler de Varnish sans mentionner Makala. Les deux compères forment le duo des frères de la piscine et travaillent ensemble depuis presque dix ans maintenant. À l’époque, il est uniquement connu sous son nom de beatmaker : Pink Flamingo. Ce n’est que lorsqu’il démarrera véritablement sa carrière en solo qu’il apparaîtra sous l’alias de Varnish la Piscine. De La clef à Radio Suicide en passant par les deux volumes de Varaignée ou encore Gun Love Fiction, il a produit la totalité des projets de Makala. C’est un duo inséparable qui au-delà d’être une relation humaine intense est une véritable symbiose artistique, à tel point que Varnish intervient régulièrement vocalement dans les morceaux du Mak, parfois même avec de vrais moments de projecteur comme en témoigne « Algenubi », le morceau solo de Varnish sur le projet Gun Love Fiction.

Varnish la piscine est un artiste tout terrain s’adonnant à tous les genres. Du rap au RnB en passant par la funk, la pop ou encore le jazz : il sait tout faire. « La piscine » n’est pas un terme à ignorer puisque Pink Flamingo arrive à sortir des synthé et autres sonorités venus tout droit d’un bassin rempli de positivité, d’originalité, et de fantaisie. Il excelle dans sa musique, à tel point qu’il apparaît comme un OVNI dans le monde de la musique francophone. Son premier projet nous laissait déjà ressentir son style si particulier mais c’est avec Le Regard Qui Tue qu’il va affirmer sa patte artistique si atypique, et avec MPTA qu’il va peaufiner et perfectionner ce style. Le genevois arrive à assembler harmonieusement sa voix et ses prods, tout cela dans un mélange de français et d’anglais très bien accordé pour nous permettre de flotter dans un océan de douceur et de légèreté.

Sa collaboration avec Bonnie Banane était tout aussi inattendue que fabuleuse, un ravissant emmêlement de rap et de variété française qui glisse à merveille dans les oreilles. Les collaborations sur ses projets ne sont pas faites pour le commerciale mais sont de réelles connexions artistiques entre des artistes qui s’apprécient mutuellement. Parmi elles, on retrouve (forcément) son frère de cœur Makala, ses autres confrères de la SuperWak Clique Slimka, Di-Meh, Rico TK et DeWolph, ou encore Bonnie Banane : tous des proches de Varnish. Mais il n'hésite pas non plus à sortir de cet entourage puisqu’on a également pu le voir collaborer avec Woodie Smalls, Sébastien Tellier et Joanna.

Entrez dans un monde unique

Tout au long de ses projets et de ses apparitions, Varnish a su se façonner un univers unique rempli de mélodies chacune plus originales les unes que les autres ; tout cela enchevêtré dans des effets sonores venus du cinéma et des images à la fois fantastiques et fabuleuses. L’ensemble avec une touche d’humour et un côté décomplexé voire enfantin. À la manière du lapin blanc d’Alice au pays des merveilles, il arrive à nous embarquer dans un monde à la fois mystérieux et merveilleux, que l’on ne voit pas mais que l’on ressent. Ses morceaux débordent de couleurs et de positivité. Les personnages qu’il créé sont certes loufoques mais également vivants, sympathiques, et surtout véritablement attachants. Sa musique paraît plutôt simple et entraînante au départ, mais elle apparaît vite complexe, à tel point que l’on arrive à découvrir à chaque fois de nouveaux éléments qui nous étaient cachés auparavant par une multitude d’autres et cela même au bout de nombreuses écoutes.


La musique de Varnish peut se ressentir comme une véritable balade dans son imaginaire, car écouter un de ses morceaux c’est laissé une part de son esprit nous envahir. Au-delà de leur unicité et de leur richesse, ce sont des mélodies et des sonorités qui nous guident dans le voyage de ce réel océan musicale.

contenu similaire