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Ekloz

Le rap au service de la résilience

27 juin 2022

À la terrasse d’un café situé au cœur de Marseille, nous avons rencontré la rappeuse Ekloz pour parler de son projet Résilience Vol.3 sorti le 28 avril dernier. C’est aussi l’occasion de revenir sur son parcours artistique et d’évoquer son rapport à la sphère rap, à la performance live et à l’écriture. Discussion avec une artiste prometteuse de la scène rap du Sud.


La Loge : Résilience Vol.3 est sorti il y a quelques semaines maintenant, quels retours en as-tu eu pour l'instant ?

Ekloz : C'est grave positif. Je ne suis pas quelqu'un qui a des objectifs de chiffres. J'accepte de jouer le jeu parce que ça en fait partie mais je ne me sens pas valorisée par ça. Si tu valorises une progression, c'est intéressant, mais le chiffre pour le chiffre ce n’est pas quelque chose qui me touche. Pour le coup, il y a vraiment eu ce retour positif direct.

LL : Est-ce que tu as l’impression d’avoir passé une étape avec ce projet ?

E : Oui parce que je m'étais fixée ça comme objectif, que ce soit le projet de l'aboutissement de quelque chose. « Là je vous donne ça, c'est mon truc le plus travaillé », tu dis ça à chaque projet mais là il y avait un paramètre différent. En termes de crédibilité, les gens savent que je sais faire des projets, j'en ai fait cinq, mais là j'ai senti ce truc de reconnaissance de quelqu'un qui a fait un truc fort et qui l'a bien fait. En termes de réputation, d'image, « on sait que cette meuf elle a les épaules ». Forcément, musicalement il y a des choses qui parlent un peu moins, mais j'ai eu la reconnaissance de pairs que je connais depuis longtemps, qui n’avaient jamais rien dit sur ma musique et qui là m'ont dit « C'est fort, là on comprend ».

LL : C'est le troisième volume d'une série que tu as appelée Résilience, qu'est-ce qu’il représente ce titre pour toi ?

E : Ce n’était pas censé être ce titre sur le premier volume. C'était censé s'appeler Parenthèse parce que ça s'est pointé en plein milieu du Covid, et je me suis dit qu’on allait faire une petite parenthèse, c'est la cover qui a fait que ça s'est appelé Résilience. Le sens s'est étoffé avec les années et les projets. Les deux premiers auraient pu avoir un autre nom, ce n’était pas forcément déconnant mais le troisième pour le coup c'est le Résilience qu'il faut retenir, celui où il y a le morceau « Résilience ». Aujourd'hui, j'enterre tout ce que j'ai fait. Je ne supprime pas parce que ça ne sert à rien, mais j'ai exploré, avec des hauts des bas. Avec les armes que j'ai, je me relève de tout ça. Il y a une grosse partie sur la résilience amoureuse aussi.

 Les deux premiers auraient pu avoir un autre nom, ce n’était pas forcément déconnant mais le troisième pour le coup c'est le Résilience qu'il faut retenir 

LL : Dans ce projet il y a une ambiance sombre, notamment quand tu parles des relations amoureuses, mais on sent aussi, surtout à la fin avec le morceau « Résilience », qu'il y a une lueur d'espoir. Tu parles d'« embellir les blessures avec de l'encre » et tu dis « y a encore deux-trois choses auxquelles je crois », on a vraiment l'impression que tu es en transition artistiquement et humainement, que tu arrives vers quelque chose de plus paisible.

E : Oui clairement, c'est sur ça que j'ai envie que les gens restent. Depuis des années, j'avais l'impression d'avoir une approche très frontalière de ma musique, de moi-même, et de mon corps, un truc un peu dur. Tu te tatoues à 17 ans, tu ne sais pas trop pourquoi mais tu le fais, parce que ça fait mal genre (rire). Le truc un peu cliché de la sortie d'adolescence. Même le travail a toujours été autant salvateur que destructeur et là je suis plus en paix. Quand je suis énervée, je vous le dis dans un morceau, mais ce n’est pas une rage qui se retrouve sur tout un projet, comme ça a pu l'être avant. Je sais où est placée quelle énergie et à quel moment.

LL : Tu parlais de la cover de Résilience Vol.1, qui fait référence à Kill Bill. La cover de Résilience Vol.2 c'est aussi une référence à Tarantino, au film Boulevard de la mort. Est-ce qu'il y a une référence particulière sur celle du troisième volume ?

E : Non. Au début je voulais, mais c’était devenu une contrainte. On se cassait la tête par rapport à cette cover là et je me suis dit que de toute façon artistiquement il veut dire autre chose ce projet. C'est une fin, c'est un renouveau, ce n’est pas grave si on ne continue pas. Mais on avait quand même la volonté, dans la signification, de pousser le truc de la résilience. Au début, j'étais sensée avoir des grandes flammes bleues derrière moi. J'ai contacté des mecs qui font des effets spéciaux, des vrais effets, des mecs qui font du vrai feu. J'ai contacté un mec super pointu, il avait fait des clips pour Hamza. Il était chaud mais il avait besoin de budget et j’en avais pas du tout. On n’a pas voulu tenter Photoshop parce que j'avais peur que ça fasse cheap, on savait qu’on voulait du bleu mais ça a été flou pendant un moment. Je savais ce que je voulais donner mais je ne suis pas arrêtée sur mes idées, c'est les photos qui ont fait le truc.

LL : Tu travailles beaucoup avec Nali. Il a composé presque la moitié de Résilience Vol.3. Tu as aussi un feat avec lui. Comment s'est faite la connexion entre vous ?

E : C'est mon sang. C’est pour ça que je suis à Marseille, c’est lui le moteur de tout ça. Quand on s'est rencontrés, il y a un truc qui s'est passé. Direct on a fait du son alors que c'était dans un séminaire et que je n’étais pas prévue dans le truc. À l'époque je m'excusais d'exister, lui il me poussait à venir rapper. J'ai vraiment senti une bienveillance, c'est une des personnes les plus fortes que je connaisse. Rencontrer une personne que j'estime être trop forte qui me dit que je suis trop forte, j’ai trouvé ça stylé. C'est comme ça qu'on s'est rencontrés, c’est mon journal intime ce mec. Résilience Vol.3 est vraiment né le soir de mes 21 ans. J'étais chez lui. On venait de faire un morceau tous les deux, et moi j'avais commencé à faire « Waves » toute seule. Je lui fais écouter 15 secondes, il se retourne et il me dit « ok on fait ça maintenant ». Il fait la prod, et j'écris. C'était bien mélancolique pour un soir d'anniversaire mais je crois que ça avait besoin de sortir. On a fait celui-là, après on a enchaîné avec le feat. Le lendemain on a fait « Reverse ». J'ai eu les trois morceaux et je me suis dit qu’on allait faire Résilience 3. Sur le reste de l'année il y a eu tous les autres morceaux mais c'est vraiment partie de cette base-là. Même si on ne fait plus de son un jour, c'est qu'on aura nos raisons sur des trucs différents, mais Nali et moi ça ne bouge pas.

LL : Ça à l'air d'être un vrai allié pour toi parce que justement tu as l'air assez critique par rapport au milieu du rap. On te sent méfiante dans certaines chansons, dans « Cashback » tu dis « faut que je m'affirme dans cette zone à risques », et dans « Zombie » tu dis « j'ai changé, (...) j'ai flairé le danger ». Est-ce que tu as une vision négative du milieu musical ?

E : Maintenant je suis bien dans mes pompes. Pendant longtemps ça n'a pas été le cas, pourtant je pensais que ça l'était. J'ai commencé le rap à 15 ans, à 16 ans je passais des nuits dehors parce que je voulais juste freestyler et rapper avec des gens. Je faisais le mur à l'internat et je me retrouvais dans des afters crapuleux avec des mecs de 35 balais. J'ai fait ça pendant longtemps, j'étais dans un milieu pas vraiment sain. À l'époque, je ne voyais pas vraiment le mal, je savais qu’il y en avait qui voulaient me baiser mais je ne suis pas un profil chétif donc ça allait. Je crois que j'ai eu un ras-le-bol à un moment, parce qu'au-delà de ça c'était plus une vitrine sociale comme chacun peut en avoir dans sa vie. Je me complais avec des personnes comme ça alors que j'en apprécie très peu d'entre elles. Si je voulais faire du rap dans ma ville, c'était aux endroits où il y avait ces gens-là, ils faisaient partie du milieu. Quand il y a eu le Covid ça a été hyper salvateur parce que ça m'a permis de faire un gros tri. C'est aussi une histoire de savoir bien s'entourer, aujourd'hui avec tous mes reufs, il y en a qui habitent chez moi, il n’y a pas un regard. Pendant longtemps ça n’a pas été le cas. Je pensais que c'était la norme et que c'était comme ça que ça se passait dans le rap.

 A 16 ans je passais des nuits dehors parce que je voulais juste freestyler et rapper avec des gens. Je faisais le mur à l'internat et je me retrouvais dans des afters crapuleux avec des mecs de 35 balais. 

LL : On sent que cet entourage est très important pour toi, tu mentionnes beaucoup « ton équipe » dans le projet. Ça contrebalance avec une certaine rancœur que tu as quand tu parles des relations humaines ou amoureuses. On en parlait au début, dans « Waves » ou aussi « Résilience » tu es négative par rapport aux relations amoureuses, tu dis par exemple « Te ressembler c'est ma hantise ».

E : Je tire à balles réelles (rires). Je n'ai pas regretté ces phases. Je ne sais pas mal m'entendre avec des gens. Demain je revois n'importe lequel ou laquelle de mes exs, tout va bien. J'assume, c'est ma vie, c'est ce qui me fait bouffer. C'est dur mais c'est ma réalité, je ne suis pas là non plus pour mettre des blazes ou tuer les gens mais à un instant T c'est ce que j'ai ressenti et c'est ce que je pense. Sinon, ce n’est pas de la musique, encore moins du rap. Il ne faut pas se limiter. Mais « Waves » j'ai toujours du mal à le faire sur scène.

LL : En quoi est-ce qu’il est compliqué à jouer ?

E : Il est hyper dur à interpréter en fait. Il y a des jours où j'ai envie de chialer, le lendemain j'ai envie de le crier. Sur le deuxième couplet il n'y a pas de beat, c'est que moi, il faut avoir le bon dosage, la bonne respiration, la bonne interprétation pour qu'il soit beau mais je ne préfère pas faire quelque chose d'approximatif. Je ne l'aime pas (rire).

LL : Est-ce que tu penses à la scène quand tu écris ?

E : Tout le temps, depuis le début. Je suis vraiment rentrée dans le rap par le social, par l'humain, par les opens mics, par le vrai, le terrain. Ce truc-là a toujours été présent. Quand il y a eu le Covid ça a été hyper compliqué pour moi émotionnellement, et en même temps ça a été hyper salvateur parce que c'est là que j'ai commencé à vraiment creuser, à vraiment assumer ce que je voulais tenter, ce que je voulais être. Les formats live et studio ce n’est pas la même chose. J'essaye de faire des sons qui peuvent se streamer, qui sont bien à écouter, mais c'est un peu intuitif de toujours les réfléchir pour la scène. J'ai ce truc instantané de projeter et penser pour la scène, c'est ce qui fait que mon live est très vivant. Mes morceaux vont bien ensemble même s’il n’y a pas une histoire définie. Je trouve qu’il y a quand même un fil qui est palpable, si les gens essayent vraiment de comprendre le truc, ils comprennent.

LL : Tu as fait de la danse avant de rapper, est-ce que tu utilises cette expérience pour la scène ou pour l'artistique ? Parce que même dans tes clips on voit que tu as des mouvements de danseuse.

E : Je suis à l'aise. Je me suis mangée 15 ans de danse, je voulais être prof et monter des comédies musicales. C'était ça mon goal, monter une compagnie et faire des comédies musicales un peu urbaines, pas des trucs chiants, mais des trucs qui n’existent pas trop en France, et le rap est venu foutre un gros coup de pied dans tout ça. C'est quelque chose sur lequel j'ai mis des œillères depuis que je fais du rap, mais du coup oui sur scène ça se ressent parce que je suis à l'aise avec mon corps, et que la rythmique est là, c'est en moi. C'est une vraie volonté de le retravailler totalement sans avoir un truc à la Beyoncé avec des danseuses, peut-être un jour... Là justement je suis en résidence pendant dix jours, il y a une danseuse qui vient. J'avais déjà chorégraphié des moments de sets juste avant le Covid, j'ai fait deux fois le show comme ça et ça s'est arrêté. Ce n’est pas plus mal parce que vraiment ce n’était pas fou. C'est une histoire d'être bien dans son corps, là je le suis mais je pense que je peux aller dans un step encore plus haut. C'est vrai que visuellement dans les clips, si tu ajoutes de la précision dans tes mouvs, avec un bon réal et un bon truc chorégraphié, tes dynamiques sont folles et tu n’as pas besoin de rajouter des effets partout. Ce ne sont pas des choses qu'on a pu se permettre jusqu'à présent, en tout cas pas comme je le visualise.

LL : Tu animes des ateliers d'écriture dans des collèges, est-ce que ça t'apporte quelque chose artistiquement ? Ça t’aide à entretenir une mécanique d’écriture ?

E : Aujourd'hui non. Plus maintenant parce que je fais écrire des petits qui ont zéro base donc je repars à zéro et moi ça ne me pousse pas à évoluer dans ce que je fais. Par contre, humainement ça me nourrit à mort, je me prends à chaque fois des petites claques. Je me reprends à ce goût d'écrire mais j'ai une écriture assez spéciale, j'ai un vocabulaire qui m'appartient vraiment et les "A-B-B-A" ce n’est pas quelque chose que je fais. Ce n’est pas scolaire ce que je fais, avec les petits tu es obligé de leur poser un cadre, c'est un peu la partie que je trouve ingrate, dans ce qu'ils écrivent j'arrive à y voir des structures folles. Autant il y en a qui l'ont en eux et ça glisse, autant il y a des petits ils me regardent comme une folle, ils essayent, ils n’y arrivent pas. C’est plus humainement. Au début, quand j'ai commencé les ateliers ça me remettait quand même dans un processus.

LL : Récemment sur Instagram, tu as rejoué des morceaux du projet en acoustique. Tu l'avais d’ailleurs également fait sur Résilience Vol.2. Est-ce que c'est un exercice qui te plaît particulièrement ?

E : En termes de format, c'est facilement envoyable. Tu envoies ça, c'est attendrissant et en termes de kiff, je trouve ça trop bien. Je connais mes morceaux, on me fait une boucle de guitare, je passe 20 minutes en studio et c'est bouclé. Franchement, si je pouvais faire que des rééditions en acoustique, ça me ferait trop kiffer. Ce n’est pas forcément pertinent mais moi ça me fait kiffer. Je me balade sur quelque chose que je connais, je retaffe mes morceaux, je me régale à faire ça.

LL : Tu as déjà joué ces versions sur scène ?

E : Non jamais. De ce que j'ai fait en acoustique je pense qu'il faudrait que je me casse un peu plus la tête, parce que là c'est juste une boucle de guitare. C'est cool selon le set et l'endroit mais te manger les trois c’est un peu relou. Le covid a arrêté ce travail en cours mais j'étais en train de rebosser trois/quatre morceaux qu'avec des versions instruments. Plus tard, j'aimerais bien avoir des petits zicos sur scène avec moi. Peut-être pas un format purement acoustique mais rajouter du vrai, du moins numérique.

LL : Tu as fait un concert au Makeda à Marseille en mars, c'était un évènement dans le cadre de la promotion des droits des femmes où il y avait une programmation uniquement constituée de rappeuses. Est-ce que c'est important pour toi de t’affirmer en tant que rappeuse ?

E : Je n’en ai vraiment rien à foutre. Au contraire, quitte à avoir une posture je préfère passer pour une petite conne et être en opposition. Pour arriver à atteindre le statut de « c'est une rappeuse », et pas du « rap féminin », tu es obligée d'aller à l'encontre de ce truc-là. Je commence à refuser des dates 100% meufs parce que je me dis que c'est maintenant ou jamais qu'il faut que j'en sorte. Malgré moi, je dégage quelque chose qui fait partie de ce combat-là. Ma musique et ma posture se suffisent à elles-mêmes. Je trouve ça indigeste musicalement de refoutre une couche « eh alors toutes les meufs dans la salle », nan c'est bon. Trop de schémas d'exclusion, c'est bizarre. C'est la mode, les femmes, les queers, tout ce qui gravite autour de ces sujets-là. Il y a des gens qui mènent ces combats et qui le revendiquent clairement, allez en parler avec eux, moi je ne suis pas qualifiée pour parler de ça. Ce n’est pas ce dont je parle clairement, je n’ai pas de morceaux à thématiques. « Waves », il se trouve que le clip est une histoire d'amour entre deux meufs, parce que ça a été ma réalité, mais dans les paroles à aucun moment tu sais que c'est une meuf ou un mec. Je me suis retrouvée dans des interviews où les gars arrivent en mode « alors du coup vous représentez le milieu queer », et je leur disais que non. À aucun moment je l'ai dit, mais comme par exemple il y a une meuf dans mon clip ça crée une espèce d’autoroute à ce genre de remarques. Je crois que c'est Alpha Wann qui a mis ça dans sa bio sur Spotify, « Je représente ceux qui se sentent représentés ». Je trouve cette phrase putain de pertinente. Il y en a qui vont voir un combat féministe dans ce que je fais, tant mieux pour eux, et tant mieux s'ils arrivent à prendre de la force dans leur combat en y voyant ça dans ma musique. Je ne suis pas positionnée sur un truc, juste, prenez ce que vous avez à prendre mais ne mettez pas les artistes dans une case.

LL : J'abordais ce sujet parce que j'ai vu que pendant le premier confinement tu avais participé à une série de freestyles face-cam avec des rappeuses du monde entier, organisée par KT Gorique.

E : À l'heure d'aujourd'hui c'est un truc que je refuserais. À l'époque, je l'ai accepté parce que c'était une belle exposition. Il faut savoir voir l'opportunité, mais aujourd'hui mon discours c'est d’aller à l'encontre de toutes les cases dans lesquelles on peut me mettre parce qu’ils me cassent tous les couilles (rires). On a tant besoin de ces combat-là, il y a des personnes qui le font bien, je pense qu'on a beaucoup besoin de postures comme la mienne pour arriver à flexer le truc. Mais je sens que les gens commencent à comprendre mon positionnement. Doucement mais sûrement.

 Je commence à refuser des dates 100% meufs parce que je me dis que c'est maintenant ou jamais qu'il faut que j'en sorte. 

LL : Sur toute la trilogie Résilience il y a trois featurings. Comment tu choisies les artistes avec qui tu collabores ?

E : C'est que mes reufs. Jusqu'à présent ça a été ça. Petitcopek, qui est sur le second volume c'est le mec qui m'a fait enregistrer mon premier morceau. On vient de Sète tous les deux, on a ce truc où quand tu viens de Sète, tu viens de Sète. On ne s'est pas connus quand on était petit mais on a les mêmes images, et c'est vraiment un amour ce mec, qui fait beaucoup socialement pour le Hip-Hop. Je ne fais pas beaucoup de collaborations. Avant, j'avais vachement cet objectif de rentabilité, je n’allais pas perdre mon temps avec ça. En ce moment je pourrais être chaud mais juste parce que j'ai envie de faire de la musique. Les gens qui me demandent des collabs et où j'accepte, on le fait, mais après ils en font ce qu’ils veulent. Tu le sors, tu ne le sors pas, que tu mettes de l'oseille dessus, je m'en fous.

LL : Tu as présenté Résilience Vol.3 comme le projet qui vient clore la trilogie Résilience. Pourquoi faire une trilogie ?

E : Comme je l’ai dit, le truc devait s’appeler Parenthèse. Ce qu'il s'est passé, c'est que j'avais déjà quasiment tous les morceaux du volume 2 avant le volume 1, qui s'est vraiment fait pendant le confinement. Je m'étais dit que le Covid allait s'arrêter et mon projet abouti, qui n'était pas censé être le volume 2, sortirait après. Quand j'ai vu que ça se perpétuait, je me suis dit on va continuer et je ne sais pas pourquoi je ne me voyais pas faire un 2 sans 3. Quand tu as sorti cinq projets avec une trilogie ça passe mieux que cinq projets indépendants. Ce format fait comme si j’avais plus réfléchi au truc, et ça allait aussi dans cette dynamique d’années d'expérimentation, je fais mon truc, après on passe à autre chose.

LL : Est-ce que ça veut dire que tu te diriges vers un album ?

E : Oui, clairement. Aujourd'hui, ce n’est que de la théorie parce que j'ai plein de morceaux et je ne m'en cache pas. Je ne suis pas Laylow, je n’ai pas une audience qui attend que j'arrive. Au contraire, là on passe dans le monde des grands, là je me sens prête, j'en ai envie. Après, à tout moment ça n’aura pas une forme d'album, je n’en sais rien. J'ai des idées, j'ai une direction vers laquelle je vais, mais je serais malhonnête de te dire que ça ne va pas changer. Je fais de la musique déjà.

LL : Tu travaillerais avec des gens de Marseille ?

E : Franchement moi mon kiff c'est aller faire de la musique partout. Je bouge déjà beaucoup. Là on est entre Marseille, Paris, Montpellier et Rennes. J'aimerais bien aller en Belgique un peu, je sais qu'il y a des choses à faire là-bas. J'ai envie de rencontrer des gens, de me nourrir d'ailleurs.

LL : Donc tu es déjà repartie dans une dynamique de travail ?

E : J'écris beaucoup et j'ai repris des sessions de studio. J'ai beaucoup de morceaux de côté, rien qui ne me satisfasse au niveau d'un album, en tout cas pas en termes de produit fini. Ces six derniers mois quand il fallait finir le projet c'était dur parce que je voulais vraiment en être fière comme j'en suis fière aujourd'hui. Je n’y allais pas par plaisir, il y avait ce truc d’obligation, ça a été un peu hard à vivre. Je n’étais jamais satisfaite de rien, je sortais de cabine en disant qu’on pouvait jeter le morceau et qu’il fallait qu’on en refasse un. J’étais vraiment dans une optique de productivité où je cherchais à atteindre un truc du doigt, mais j'avais encore une approche très frontale. Du coup là je kiffe. Je cherche, je fais de la musique, je ne me contente pas de ce que je sais faire. Mais je garde toujours le côté objectif de travail, c'est pour ça que je vais bosser avec plein de gens différents, des gens que je ne connais pas.

Interview : Angèle P.

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