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cercle vertueux

deen burbigo

chronique

10 décembre 2020 par Alxs

Si la sortie de Grand Cru avait été teasée pendant presque plusieurs années sur les réseaux sociaux et à l’aide de divers clips et de multiples apparitions dans les médias, c’est avec une promo plus discrète et plus réduite que Deen Burbigo a décidé de préparer l’arrivée de son deuxième album. Le vrai Burb’ revient donc au-devant de la scène avec Cercle Vertueux et met fin à une longue période d’absence qui aura fait monter l’attente chez ses plus fervents auditeurs. Entre innovation et retour aux sources, Deen nous livre un nouveau projet qui malgré quelques faiblesses s’avère être à la fois efficace et maîtrisé.


Un cercle vicieux ?

C’est fin juillet que Deen Burbigo a fait son grand retour en dévoilant « Tout dedans », le premier extrait de son deuxième album qu’il annonce par la même occasion. Banger percutant et énergique, le morceau est accompagné d’un clip réalisé par Yagooz qui s’occupera également du visuel de « Cercle Vertueux », le second extrait. Avec une photographie léchée et des concepts originaux, le réalisateur introduit les thèmes du circulaire et de la subjectivité qui sont à la base de la DA du projet. En effet, on les retrouve sur la photo de la cover prise par le talentueux Ojoz, mais aussi bien sûr dans l’album lui-même. C’est la première fois que Deen Burbigo propose un réel questionnement sur un thème précis à l’échelle d’un long format. Le rappeur nous raconte tout au long de ce projet des histoires et des anecdotes sur sa vie, et avec beaucoup de recul il nous fait remarquer que toutes ces aventures forment un cercle : elles évoluent en même temps que nous-même mais finalement elles se ressemblent beaucoup. Ainsi l’idée principale de l’album pourrait se résumer en une simple phrase : tout se répète mais tout s’améliore. Ce point de vue optimiste résulte alors d’un choix, celui de voir le cercle plutôt vertueux que vicieux. C’est d’ailleurs ce que dit Deen Burbigo dans l’excellente intro de l’album :

’’ Plus d’argent plus de problème. Ouais beh j’préfère mes nouveaux problèmes ’’

Si le concept de placer le thème du cercle au centre du projet est une très bonne idée, sa réalisation peut quant à elle laisser perplexe. L’album semble tellement s’imprégner de cette circularité qu’il finit par lui-même tourner en rond. Ambiances similaires, flows récurrents, styles répétitifs : Deen Burbigo nous livre un album bien moins riche et varié que le précédent. Les meilleures idées sont concentrées dans quelques titres qui sont certes très bons mais qui ensevelissent tout le reste du projet. Mis à part quelques exceptions, les morceaux n’ont pas vraiment leur propre identité. On fait face à une simple succession de sons ambiançants rythmés d’égotrip et parcourant les mêmes thèmes en boucle. Si le rappeur nous donne parfois des phases personnelles, ce n’est quasiment jamais pour parler de sentiments ou de ressentis ; dommage pour un artiste qui a mis plusieurs années avant de savoir transmettre avec justesse des émotions profondes à ses auditeurs. En témoigne le morceau « Savoir-faire » qui reprend le concept de « Fauché » mais avec un fond plus ennuyant et un ton plus condescendant.

Deen a clairement identifié les quelques défauts de Grand cru et a parfaitement réussit à les éviter sur cet album ; mais à trop se concentrer sur ces erreurs, il en a fait (beaucoup) d’autres. Savoir prendre son temps entre deux albums est une qualité dont manquent beaucoup d’artistes, et Deen Burbigo n’a sur ce point rien à envier à personne. Mais un des risques de s’absenter sur une longue période c’est de créer un engouement trop fort, et donc de rendre son public trop exigeant, d’autant plus quand les projets précédents sont excellents. En revenant avec une énergie différente et une nouvelle mentalité, il a inévitablement des chances de faire des déçus parmi ses auditeurs. Mais si l’on souhaite réellement saisir la singularité de ce disque, il ne doit pas être comparé au reste de la discographie du rappeur. On peut avoir du mal à comprendre la volonté qu’il a eu avec ce projet, néanmoins une chose est certaine : Deen Burbigo a changé.

L’ancien

Deen Burbigo a pris de l’âge, ses objectifs et sa façon de faire ont changé, ses textes comme son interprétation ne sont plus les mêmes. Sa nouvelle intonation en est la preuve : il ne force plus sur sa voix et offre par conséquent des flows plus aigües, ce qui lui permet à la fois de se renouveler et d’être plus à l’aise. Le vocodeur et le chant en général ont quant à eux totalement disparus pour laisser place à du pur rap. Deen a fait le choix d’une démarche beaucoup moins expérimentale que sur son premier album et ainsi de rester dans une zone de confort dans laquelle il excelle. Les instrumentales en témoignent : les nombreux beatmakers qui ont travaillé sur le projet sont parvenus à faire jouer le rappeur sur des terrains qu’il connait par cœur. Si l’égotrip avait été mis de côté sur le précédent projet, ici il est très présent mais réapparait avec bien moins d’agressivité et plus de vérité. Deen Burbigo reprend les différents éléments qui le caractérisent et les fait évoluer selon ses nouvelles envies ; une fois de plus il s’agit d’un cercle vertueux.

Comme la plupart des rappeurs de son entourage, Deen veut rester vrai et tient à respecter cela dans chacun de ses projets. C’est pour cette raison qu’il est tant attaché à l’indépendance et qu’il a créé le label Saboteur Records qu’il gère avec son ami Eff Gee. Il veut être libre dans ses choix artistiques et pouvoir sortir ce qu’il veut, quand il veut et de la façon qu’il veut. Il nous parle d’ailleurs tout au long de l’album de ses désaccords avec les maisons de disque et avec le business du rap en général ; il évoque plusieurs fois sa réussite économique et nous fait comprendre que c’est pour lui une fierté de l’avoir fait sans ne jamais s’être trahi.

’’ On fait pas du rap pour ceux qu’aiment pas le rap ’’

Cette phrase prononcée dans le morceau « Grand père » nous montre la volonté du rappeur à rester fidèle à lui-même. Ici aussi c’est une valeur qu’il partage avec les nombreux artistes qui l’entourent depuis le début de sa carrière. La passion du rap est ce qui caractérise le plus cette génération de rappeurs et le fait que Deen Burbigo propose un album entièrement rappé peut plaire à son public. Lors de son passage dans Clique Talk, il a confié avoir voulu collaborer avec deux autres artistes extérieurs à son entourage mais que rien n’avait abouti. Ainsi tous les rappeurs en featuring sur l’album font partis de son cercle proche, ce qui renforce sa quête d’authenticité et peut appuyer la sensation de l’auditeur d’avoir affaire à un projet familial.

Si on lui a souvent donner les surnoms de "Papi", "Grand-père", "L’ancien" ou "L’ancêtre", il ne les a jamais aussi bien portés que maintenant. En effet, après avoir travaillé pendant plus de deux ans sur ce nouvel album, c’est plein de sagesse et de maturité que Deen Burbigo revient sur le devant de la scène. En nous racontant des anecdotes de sa vie et en citant divers autres éléments de son passé, il montre qu’il a pris du recul. Il nous fait ici un bilan de sa situation actuelle et nous communique sa fierté. On peut totalement comprendre les auditeurs déçus musicalement, mais l’album est indéniablement mieux maitrisé que les projets précédents. On sent profondément que le rappeur a pris du plaisir à le faire et qu’il a parfaitement contrôlé sa conception.


Même si on peut lui faire beaucoup de reproches, Cercle Vertueux est loin d’être un mauvais album. Deen Burbigo fait partie des artistes dont le talent n’est plus à prouver et en tant qu’auditeur on peut vite tomber dans l’erreur en lui exigeant d’atteindre la perfection. Si ses nouveaux choix artistiques peuvent en décevoir certains, sa détermination et son talent d’exécution doivent quant à eux être reconnus. Dans une époque où les disques s’uniformisent, cet album montre que certains rappeurs veulent toujours proposer quelque chose qui leur ressemble et que faire le choix de rester dans sa zone de confort peut être une prise de risque.

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