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Sopico - YË (cover)

sopico

chronique

01 février 2018 par Alxs

Rappeur du XVIIIème arrondissement de Paris, Sopico a su se créer au fil du temps une identité musicale véritablement unique. Sa carrière, déjà plutôt remplie, lui a permis de se découvrir, de connaître ses atouts, et d’apprendre à les utiliser. Son nouveau projet marque un tournant dans son parcours. Il s’intitule , et est sorti le 26 janvier dernier.


Précisément 6 ans plus tôt, on a pu le découvrir pour la première fois dans un freestyle en compagnie de Georgio et du duo Versus. Un peu plus tard, il apparaît dans le « John Doe 32 ». C’est là qu’il rencontre les différents membres de la 75ème session avec lesquelles il évoluera par la suite. Il sort ensuite de nombreux autres sons dont le très bon « 64 Bullet » ou encore l’exceptionnel « Time ». Début 2016, il dévoile 2075, un projet commun avec son ami Hash24. Quelques mois plus tard, c’est au tour de son premier projet solo de voir le jour. Naît alors Mojo, entièrement gratuit et intégralement produit par l’excellent Sheldon. Ce nouveau projet permet à Sopico de se former un premier public solide et complètement admiratif.

Dans , Sopico mentionne plusieurs fois l'année 2017. Et c’est clairement en 2017 que le rappeur a préparé l’arrivée de son projet. En mai, on a pu l’apercevoir chez Colors dans son formidable morceau « Le hasard ou la chance ». En juin il dévoile « 3.33% », un morceau marquant d'autant plus que c’est le premier qu’il produit entièrement seul. Dans les mois qui suivent, il nous fait découvrir « Volcano », « Maneci », « Bunker » et « Same Shit » ; il apparaît également dans « Triangle d’or » extrait du très bon projet Lumière froide d’Orus.

Le 24 novembre, il dévoile par surprise un EP intitulé Ëpisode 1. On y retrouve trois nouveaux titres entièrement produit par lui-même. A la fois calmes et complexes, ils nous permettent de mieux le connaître, d’en apprendre plus sur son univers et de (re)découvrir son évolution, le tout dans une musicalité atmosphérique. La particularité du projet est son ambiance ; elle nous englouti dans un monde où seul le son et l’âme existent, on se retrouve détendu et vidé tout en étant curieux et plein de réflexions.

Sopico fait souvent allusion à un certain bunker dans ses textes. Sur la magnifique cover, réalisée par le talentueux Koria, ce bunker est représenté par un garage, lieu dans lequel on travail fort pour être fier de ce qu’il en sort. Il pourrait être une image du Dojo, de l’année passée ou simplement de son état-esprit, mais dans tous les cas, il représente un moyen solide de se protéger et de préparer son attaque. Et en effet, Sofiane a frappé très fort avec . Et une des principales forces de ce nouveau projet, c’est son écriture si particulière. Les textes sont très imagés et laissent ainsi l’auditeur interpréter les mots librement. Les nombreuses références présentes nous permettent de connaître les goûts et influences du rappeur et donc de possiblement se reconnaître en lui. Les choses sont dites avec sincérité, réflexion et passion. Comme dans Mojo, de nombreux flows sont utilisés et permettent ainsi de rythmer les morceaux ; mais cette fois-ci, ils sont encore plus poussés. La voix du rappeur semble très authentique et crée une proximité entre lui et son public. Comme dans l’interlude par exemple, dans lequel il s’adresse directement à nous, à cappella. Un exercice auquel il s'était déjà prété dans la narration de « THE WALK », une vidéo artistique de promotion de la marque Walk In Paris.

Dans l’ensemble, le projet est très personnel. Tout d’abord il s’intitule . Ces deux lettres assemblées peuvent paraître étranges au premier abord, mais il suffit d’écouter quelques morceaux de l’artiste pour se rendre compte qu’il les utilise très souvent. Ce mot signifie beaucoup de choses, il représente sa personnalité, sa façon de penser, et, dans un certain sens, il le définie. En produisant les 14 morceaux lui-même, il nous présente son talent de beatmaker et plus généralement de musicien. Toutes ces prods se marient parfaitement avec les paroles. « Press play » en est un parfait exemple : la voix du rappeur et l’instrumentale se réunissent pour ne former qu’une seule matière et font donc disparaître la frontière les reliant habituellement. Les différents effets vocaux tout au long du projet rendent ces deux éléments plus difficiles à distinguer séparément. Deux featurings sont présents : « Envie » avec Sheldon, et « Domo » avec Népal. Des collaborations qui lui sont venues comme une évidence, l’une avec la personne qui l’a toujours accompagné et aidé, et l’autre, attendue depuis très longtemps, avec un des meilleurs MC français et un de ses plus proches amis.

Le projet est donc marqué par une identité musicale forte et très personnelle qui n'empêche pourtant pas tout le monde peut se retrouver dans les différents thèmes et sujets traités. est un projet extrêmement original et profondément novateur. Sofiane montre une fois de plus ses incroyables talents qui le rendent si unique. Il n’a jamais peur de faire de nouvelles choses, au contraire, c’est cette liberté de pouvoir faire ce qu’il veut qui lui permet de se démarquer.


Cela fait bien longtemps que l’on sait que Sopico est capable de faire de très grandes choses, et c’est ce qu’il nous a prouvé avec ce second projet. Plus le temps avance et plus cet artiste nous surprend. Son évolution est remarquable et ne peut présager que du positif. On patientera le temps qu’il faut pour son premier album qui risque, sans aucun doute, de marquer la scène rap francophone. En attendant on vous invite vivement à suivre ce rappeur si ce n’est pas déjà le cas, à découvrir les prochains morceaux de sa série « Unplugged », et bien sûr, à écouter .

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